32e Rencontre des évêques de l'Église en Amérique (2004) — Notes de Mgr V. James Weisgerber, Archevêque de Winnipeg

mercredi, 15 février 2006
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32e RENCONTRE DES ÉVÊQUES DE L'ÉGLISE EN AMÉRIQUE
SAN ANTONIO, TEXAS
16 au 19 février 2004

Notes de Mgr V. James Weisgerber
Archevêque de Winnipeg

A propos du No 46 d'Ecclesia in America, quelle est la réponse pastorale de l'Église catholique du Canada aux écueils qui menacent la solidité de l'institution familiale?

Introduction

La personnalité des femmes et des hommes de demain se forge dans la famille. C'est là, d'abord, qu'ils intègrent les valeurs fondamentales qui orienteront leurs choix de vie et guideront plus tard leur action sociale. C'est là aussi qu'ils peuvent découvrir comment leur foi doit imprégner leur vie quotidienne.

Pour ces raisons — et Mgr O'Brien le mentionnait ce matin — il nous apparaît urgent de consacrer des efforts renouvelés à l'évangélisation de la famille, première école de vie. De multiplier les initiatives pastorales capables de lui faire découvrir la grandeur et la dignité que Dieu Lui-même lui a données.

Permettons-nous de rêver un instant à une véritable Église domestique... Imaginons une famille chrétienne au sein de laquelle les parents transmettent à leurs enfants la certitude que Dieu les aime à la folie et désire faire d'eux ses collaborateurs. Qu'Il a besoin d'eux pour bâtir un monde plus juste, plus fraternel et plus humain.

Imaginons que ces jeunes comprennent que Dieu les appelle à être co-créateurs avec Lui — par leur ouverture à la vie et par leur travail quotidien — et co-rédempteurs avec Lui — grâce à leur vie offerte jour après jour, dans le bonheur comme dans la souffrance. Qu'Il les appelle à devenir des saints et des apôtres.

Imaginons un peu la force morale et la joie de ces parents et de leurs enfants, conscients de la présence constante à leurs côtés d'un Dieu si humain qu'ils peuvent Lui parler à tout moment et en toutes circonstances. Quelle force pour affronter la vie! C'est à cela que l'Église catholique du Canada voudrait parvenir en développant une véritable culture de la famille inspirée du plan de Dieu.

Or, vous l'aurez compris, notre action pastorale s'exerce au cœur d'une société où continue de s'opérer une rupture avec nos racines judéo-chrétiennes — rupture qui nous a plongés dans le relativisme moral. Dans certaines régions du pays, nous rencontrons les mêmes défis qu'ont eu à relever les premiers chrétiens. Il s'agit de provoquer une transformation radicale des mentalités. D'inviter à une réflexion philosophique et anthropologique sur l'être humain, sur le mariage et sur la famille.

Une approche positive

Mgr O'Brien démontrait ce matin comment la famille, cellule de base de toute société, subit le contre-choc des événements et des phénomènes qui marquent la vie de notre pays. Au Canada, nous l'avons vu, les attaques contre la famille et le mariage ne manquent pas.

Malgré tout, il nous apparaît primordial en tant que pasteurs de l'Église catholique au Canada d'aborder avec optimisme toute question relative à la famille. Le message chrétien sur la famille est définitivement une "bonne nouvelle" pour la société! Il nous reste à en convaincre une population qui se laisse généralement emportée par une routine accélérée et n'a plus le temps de s'arrêter pour réfléchir à l'essentiel.

Nous croyons qu'un regard positif et une attitude constructive réussissent mieux à attirer l'attention du grand public et de nos gouvernants sur la beauté du message chrétien concernant la famille qu'une attitude négative de censeur. Notre expérience confirme cette intuition.

Notre option pour l'optimisme n'a rien à voir avec la naïveté ou l'inconscience par rapport à la très exigeante réalité des familles d'aujourd'hui. Nous sommes, au contraire, bien branchés sur l'actualité et à l'affût de tout événement potentiellement favorable ou défavorable à la famille.

Ce n'est malheureusement pas le cas de bien des familles qui, soit à cause de leurs horaires surchargés, soit à cause d'un repli sur elles-mêmes, s'intéressent très peu ou pas du tout à l'évolution socio-politique des milieux où elles évoluent.

Cette inconscience et cette indifférence de nombreux baptisés sont très préoccupantes et il faut souhaiter un nécessaire réveil des forces vives de la société canadienne à cet égard. La passivité et le silence ne devraient pas être des options pour les baptisés.

Réveiller le laïcat

Nous menons donc une action pastorale sur deux plans : celui de l'Église institutionnelle et celui du laïcat. Face aux défis sociaux, il nous apparaît important non seulement de poser des gestes et de multiplier les prises de paroles en tant qu'évêques, mais aussi d'encourager les membres de l'Église présents dans tous les secteurs de la société à assumer leurs responsabilités propres par des actions concrètes et des prises de parole pertinentes, inspirées des valeurs évangéliques.

Nous touchons ici à une urgence pastorale clairement identifiée par le Concile Vatican II, il y a déjà presque quatre décennies : la formation chrétienne intégrale du laïcat. À l'heure de la nouvelle évangélisation, cet appel retentit avec une urgence nouvelle en terre canadienne. Il nous revient de rappeler l'enseignement emballant du Concile Vatican II sur le rôle des laïques au cœur du monde.

Il est urgent que les parents, tout en se consacrant à l'éducation de leurs enfants, développent une conscience plus vive de leur responsabilité sociale et deviennent sel de la terre et lumière du monde. Il est urgent qu'ils saisissent plus clairement l'impact qu'exerceront sur leur propre famille et sur celle que bâtiront un jour leurs enfants toutes ces lois adoptées par les gouvernements et ces idéologies promues par des groupes de pression.

Nous espérons qu'une telle prise de conscience, mariée à la découverte de l'appel de leur baptême à christianiser le monde à partir de leurs milieux de vie respectifs, suscitera chez les laïcs mariés une volonté nouvelle. La volonté de passer à l'action en s'engageant concrètement dans les nombreux débats sociaux touchant les questions liées à la vie, au mariage et à la famille. La volonté de réclamer des politiques sociales et de promouvoir des initiatives profitables à la famille et de s'opposer à celles qui menacent ses droits fondamentaux.

Cette tâche est exigeante. Il est évident que les membres de l'Église qui choisissent de résister aux forces laïcisantes à l'œuvre dans notre société très sécularisée sont tôt ou tard confrontés à l'hostilité des idéologues du sécularisme, bien décidés à confiner le fait religieux à la sphère privée de la vie des croyants.

Il n'est pas exagéré de parler déjà, dans certains cas, de discrimination à l'égard des baptisés qui cherchent à promouvoir des projets et des politiques inspirés des valeurs évangéliques. Ou qui, tout simplement, veulent exercer leur profession en cohérence avec le message chrétien.

Revaloriser la "profession" parentale

Une revalorisation du mariage et du rôle parental — je dirais même de la "profession parentale" — s'impose de toute urgence au Canada. Il nous semble nécessaire de lier ces deux réalités dans notre message pastoral, afin de rappeler aux générations montantes que «selon le dessein de Dieu, le mariage est le fondement de cette communauté plus large qu'est la famille, puisque l'institution même du mariage et de l'amour conjugal sont ordonnés à la procréation et à l'éducation des enfants dans lesquels ils trouvent leur couronnement»1.

Dans notre société aux valeurs individualistes, il faut aider les jeunes à découvrir la joie de donner la vie et de la faire grandir. La joie de s'oublier pour servir les autres par amour. Une joie bien réelle, malgré les incontournables défis du quotidien. Il faut les initier à une vision intégrale de la sexualité. Et il faut leur faire saisir l'importance de la présence parentale auprès des enfants en croissance.

Sur ce plan, il faut oser redire que la femme et l'homme sont très différents, même s'ils sont égaux en tous points. Il faut insister sur la complémentarité et la mutualité naturelles des époux, qui apportent dans leur relation des dons spécifiques bien distincts.

Il faut oser dire aussi que le père aussi bien que la mère doit se consacrer à l'éducation de ses enfants. Au Canada, ce qu'il convient d'appeler la "crise de la paternité" affecte un grand nombre de familles; «Père manquant, fils manqué», le titre d'un ouvrage publié il y a quelques années par un psychologue, en dit long sur cette réalité.

Des études ont d'ailleurs démontré que l'environnement optimal pour la maturation affective d'un enfant est un milieu familial où le père et la mère sont présents. L'un ne peut jamais remplacer l'autre et c'est à travers l'exemple de ses parents, et dans la dynamique de leur relation, que l'enfant apprend peu à peu qui il est et découvre son identité sexuelle.

Peu importe que les parents choisissent de travailler tous les deux à l'extérieur du foyer ou que l'un ou l'autre préfère se consacrer entièrement à l'éducation de ses enfants, il reste que la tâche d'accompagnement journalier et d'éducation des enfants doit être revalorisée. C'est un "droit" de l'enfant.

Ce "travail" non rémunéré possède une grande valeur. Il est essentiel à la formation de citoyens responsables, autonomes, travaillants, respectueux du caractère sacré de la vie et de la dignité des autres, compatissants et généreux de leur temps et de leur personne.

Cet effort de revalorisation concerne non seulement l'Église, mais la famille elle-même, ainsi que l'école et l'État. Chacun doit y mettre du sien. Pour sa part, l'Église catholique du Canada entend bien continuer à jouer son rôle pastoral en invitant chaque baptisé à prendre les responsabilités qui lui reviennent.

Les efforts de sensibilisation doivent se poursuivre au niveau des différents paliers de gouvernement. Les parents étant les premiers responsables de l'éducation de leurs enfants, au plan strictement humain comme au plan de la foi, il est essentiel qu'ils rencontrent chez les responsables politiques qui définissent les programmes scolaires un grand respect de leurs droits. L'école doit jouer son rôle de subsidiarité en les soutenant dans la transmission de leurs valeurs chrétiennes; or, cela n'est pas toujours le cas et certains établissements scolaires proposent même des valeurs contraires à celles de l'Évangile.

Promouvoir le mariage

Parallèlement à cette tâche de revalorisation de la profession parentale doit être mise en œuvre une urgente revalorisation du mariage. Il faut désormais promouvoir le mariage. Au plan strictement humain, comme au plan religieux.

Aussi, nous apparaît-il primordial de continuer à offrir en Église, tout en l'améliorant, une préparation au mariage qui aide les futurs époux à approfondir le sens conjugal, social et religieux du mariage. S'ils choisissent de demander le sacrement de mariage, nous avons le devoir de leur en faire découvrir la grandeur et les exigences.

Qu'ils ne viennent pas à l'église uniquement pour célébrer leur union dans un beau décor ou simplement par tradition, mais parce qu'ils désirent bâtir leur mariage en compagnie du Christ, assurés que, grâce à Lui, ils pourront toujours compter sur un surplus d'amour, et plus particulièrement dans les moments difficiles de leur vie conjugale.

Sans doute faudrait-il aussi créer plus de lieux d'accompagnement et de soutien pour les couples mariés. Des lieux où naîtraient des amitiés solides et où les couples pourraient trouver une oreille attentive et un coup de pouce matériel et spirituel lorsque le besoin s'en fait sentir.

Une option préférentielle pour la famille

La famille canadienne a donc besoin d'être évangélisée pour devenir à son tour évangélisatrice. Inutile d'ajouter qu'il nous faut, pour rendre le message du Christ accessible au plus grand nombre de nos contemporains, trouver un langage nouveau, y compris celui du témoignage et celui du multimédia.

Puisque la santé d'une société dépend de la santé de sa cellule de base, et vu les menaces nombreuses qui pèsent sur la famille au Canada, il nous paraît urgent de prendre une "option préférentielle en faveur de la famille".

Déjà, à travers le pays, des personnes, des communautés chrétiennes, des diocèses et des assemblées épiscopales consacrent des énergies importantes à la promotion et à la défense de la famille. Pour illustrer cela, je citerai quelques exemples...

Celui des évêques de la province d'Ontario qui viennent tout juste d'organiser "Marriage on the Rock", une semaine entière d'activités et de célébrations oecuméniques ayant pour but de sensibiliser les croyants à la grandeur du mariage.

Celui des nombreux évêques qui invitent les baptisés à contacter les membres du Parlement canadien par courriel pour leur faire connaître leur opinion sur la possible redéfinition du mariage en faveur des partenaires de même sexe.

Dans la capitale nationale, un autre exemple démontre le souci des catholiques pour la famille : au début de février, une paroisse a offert une journée complète de réflexion et d'échanges sur l'art d'être parent d'adolescents.

Enfin, je mentionnerai un projet pastoral conçu par une mère de famille montréalaise à l'intention des familles ayant des enfants de cinq ans et moins. La P'tite Pasto vise l'éveil à la foi des tout-petits dans un contexte ludique et porte des fruits étonnants d'évangélisation de familles tout entières —des familles souvent éloignées de l'Église.

L'organisme catholique pour la vie et la famille

Mais la principale initiative pastorale élaborée par l'Église canadienne pour faire face aux défis posés à la famille est la création, en 1996, de l'Organisme catholique pour la vie et la famille (OCVF). Ce projet conjoint de la la Conférence des évêques catholiques du Canada et des Chevaliers de Colomb a pour objectif de bâtir au Canada la civilisation de l'amour.

Son objectif est triple :
— premièrement : la promotion de l'enseignement de l'Église catholique sur les
questions concernant le respect de la vie, de la valeur et de la dignité
inhérente à la personne humaine;
—deuxièmement, le soutien et le renforcement du rôle fondamental de la famille
dans la société;
— et troisièmement, la transmission de l'enseignement de l'Église catholique sur
l'approche naturelle en matière de régulation des naissances.

À la différence d'une commission épiscopale, dont les membres, par définition, doivent être des évêques, l'OCVF a un caractère unique, en ce sens que son conseil d'administration est formé avant tout de laïcs dont la plupart ont fait l'expérience de la vie conjugale et familiale; il s'agit de baptisés à qui une riche expérience pratique permet de comprendre de l'intérieur les diverses situations où se retrouvent les familles et les couples mariés. On trouve aussi des spécialistes de différents domaines, notamment l'éthique, l'éducation, la théologie, les affaires et les soins de santé. Le personnel a une formation en droit et en communication.

L'OCVF participe donc à l'élaboration des initiatives pastorales de notre Conférence concernant le respect de la vie et la promotion du rôle de la famille. Il cherche aussi à susciter des liens entre les diocèses et les organismes qui travaillent sur des enjeux connexes.

L'OCVF : attentif à l'actualité

Un survol rapide des activités de l'Organisme au cours des dernières années donne une idée plus précise de son action. De toute évidence, l'OCVF est à l'affût des événements de l'actualité, puisque la plupart d'entre eux touchent la famille de près ou de loin. Tôt ou tard, les décisions juridiques et gouvernementales affectent concrètement la vie quotidienne de millions d'hommes, de femmes et d'enfants.

C'est pourquoi l'OCVF multiplie ses prises de parole publiques et ses interventions auprès des autorités publiques dans la foulée de projets de lois et de décisions gouvernementales ou juridiques liés à la vie et à la famille. C'est ainsi que des lettres, des commentaires et des mémoires sont envoyés régulièrement au Premier ministre, au Ministre de la Santé, au ministre de la Justice, aux membres du Cabinet et de Comités sénatoriaux.

Il s'agit parfois de les féliciter et de les encourager, et parfois d'émettre une opposition et une mise en garde contre l'impact de tel ou tel projet de loi. De nombreux dossiers ont retenu l'attention de COLF depuis sa fondation. Entre autres, celui des essais cliniques de la pilule abortive RU486 et de l'apparition de la "pilule du lendemain" sur les tablettes des pharmacies canadiennes; celui de la pornographie juvénile; celui des dons d'organes et de tissus; celui de la recherche sur les cellules souches embryonnaires; celui du financement des cliniques privées d'avortement; et celui des soins palliatifs.

Deux dossiers importants ont nécessité beaucoup de travail au cours des dernières années : un projet de loi sur la procréation assistée et celui visant à redéfinir le mariage au profit des partenaires de même sexe. Les deux affectent directement la famille

L'OCVF a préparé et déposé devant des comités parlementaires deux mémoires à propos du projet de loi sur la reproduction humaine assistée. L'organisme a également collaboré à la rédaction et à la présentation de deux mémoires au nom de la Conférence des évêques catholiques du Canada. Ce sont là de précieuses occasions de dialogue avec nos élus.

À la défense du mariage

L'autre dossier prioritaire qui retient l'attention de la CECC et qui mobilise le temps et l'énergie de l'OCVF, c'est le mariage. Comme vous l'expliquait Mgr O'Brien ce matin, les efforts des groupes de pression homosexuels ont porté fruit dans la société canadienne. Le gouvernement fédéral semble bien décidé à légiférer pour redéfinir le mariage au profit des gais et lesbiennes, en réponse aux décisions des tribunaux qui considèrent inconstitutionnelle la définition traditionnelle du mariage.

En réponse au Rapport de la Commission du droit du Canada sur la reconnaissance et le soutien des rapports de nature personnelle entre adultes (2001), COLF a publié un livret qui connaît une grande popularité. Intitulé En amour pour la vie, ce document propose une réflexion sur le sens conjugal, social et religieux du mariage. Il propose des questions susceptibles d'amorcer réflexion et discussions, et constitue un excellent outil d'information.

Il a été envoyé à tous les membres de la Chambre des communes et du Sénat avec une lettre du président de COLF exprimant notre point de vue sur le mariage et notre profond désaccord face au Rapport qui recommandait que soit éliminée la distinction entre le mariage et les autres types de rapports de nature personnelle entre adultes. Dans cette lettre, nous soulignions combien l'État avait intérêt à protéger et à soutenir le mariage et nous avons reçu des réponses intéressantes de la part de certains parlementaires.

Tout cela n'a pas empêché le gouvernement d'aller de l'avant et d'annoncer son intention de redéfinir le mariage. En étroite collaboration avec COLF, la CECC a préparé le mémoire qu'elle a présenté au Comité permanent de la Justice et des droits de la personne de la Chambre des communes, le 13 février 2003. Ici encore, l'évêque qui a présenté le mémoire était accompagné d'une laïque mariée qui est membre du Bureau de direction de COLF. Il nous semblait important de témoigner ainsi de la proche collaboration qui existe au sein de l'Église canadienne entre l'épiscopat et les baptisés engagés dans la vie conjugale.

Au même moment, quatre fiches informatives conçues par COLF ont été affichées sur son site Internet et sur celui de la CECC pour aider les catholiques désireux de participer au débat public sur le mariage. Elles concernent l'enseignement de l'Église catholique et ses déclarations publiques sur le mariage, la loi canadienne sur le mariage, des statistiques récentes concernant le mariage et les autres unions, et certaines questions souvent posées par rapport à l'idée d'accorder le droit juridique de se marier aux personnes de même sexe. On y propose aussi des éléments pour rédiger une lettre sur le mariage à l'intention du Ministre de la Justice ou d'un député.

Le 10 septembre 2003, à la suite des arrêts des Cours d'appel de la Colombie-Britannique et de l'Ontario puis de la publication de la déclaration de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, et dans le contexte d'une couverture médiatique soutenue, la CECC publiait un message pastoral. Il compte deux parties, la première portant sur le mariage comme institution humaine et la seconde traitant du mariage à la lumière de la foi et de la tradition catholiques.

La première partie du message pastoral cherche à répondre à certaines des principales objections à notre position voulant que soient exclus du mariage les partenaires de même sexe.

1. Pour répondre à qui accuse l'Église d'appuyer la discrimination, nous avons rappelé qu'il n'est pas discriminatoire de traiter différemment des réalités différentes. D'autres textes ont aussi clairement expliqué que la distinction faite entre le mariage et d'autres formes d'union ne naît pas de la conviction que les personnes engagées dans un type de relation méritent plus de respect que les autres.

2. Pour répondre à qui souhaite voir reconnu l'engagement de certains dans des relations autres que le mariage, nous avons déclaré : «Dès que le débat s'est enclenché, nous avons reconnu l'existence du vœu que soient officiellement protégées les autres formes de rapports personnels étroits entre adultes impliquant une dimension d'engagement, de soins mutuels, d'interdépendance affective et financière. Nous demeurons persuadés que des solutions peuvent être trouvées sans pour autant procéder à une redéfinition radicale du mariage.»

3. Pour répondre à qui allègue que la législation proposée ne porte que sur le mariage civil et que les membres du clergé continueront d'avoir le droit de célébrer des mariages, nous avons signalé que nous n'intervenons pas dans le débat uniquement parce que nous nous soucions de notre liberté de célébrer le sacrement. Nous le faisons aussi parce que le mariage contribue au bien commun, que nous sommes tous appelés à promouvoir.

4. Pour répondre aux questions sur les relations entre la foi et la politique et sur le rôle des hommes et des femmes politiques catholiques, nous avons dit que l'Église catholique ne trace pas une frontière étanche entre la foi et la vie, mais qu'elle invite ses membres à incarner leur foi dans la vie de tous les jours. «Qu'il soit question de politique, d'économie, d'intervention militaire ou de mariage, nous présumons que la plupart des hommes et des femmes politiques discutent des enjeux à partir des valeurs fondamentales et à la lumière de leur conscience. En fait, ce qui est demandé aux politiciens catholiques, comme à tous les catholiques d'ailleurs, c'est de former leur conscience par la prière, la méditation, la lecture attentive des Écritures et l'écoute respectueuse de l'enseignement de l'Église 'dans la reconnaissance d'une loi morale objective qui, en tant que loi naturelle inscrite dans le cœur de l'homme, est une référence normative pour la loi civile elle-même'.

« Bien loin de porter atteinte à la liberté des politiciens catholiques, l'Église reconnaît celle-ci en confiant à chacun d'eux personnellement la responsabilité de discerner, à la lumière de leur conscience bien formée, quelles sont les meilleures façons de servir le bien commun de la société. Les hommes et les femmes politiques ont l'obligation de rendre compte de leurs décisions tout d'abord à leur conscience, puis à leurs électeurs.»

Comme l'a signalé ce matin Mgr O'Brien, la CECC interviendra dans le cadre du Renvoi devant la Cour suprême du Canada, afin de défendre la définition traditionnelle du mariage. Depuis 1997, nous sommes intervenus à huit reprises devant la Cour suprême du Canada sur des questions concernant l'enfant à naître, l'euthanasie, la responsabilité du fait d'autrui, la liberté de religion et la brevetabilité des formes de vie supérieures. Il s'agit encore pour nous d'une expérience nouvelle et plutôt rare, mais tout cela relève de la nouvelle évangélisation qui exige «une ardeur, des méthodes et une expression nouvelles». C'est tout particulièrement le cas au Canada où les jugements de la Cour suprême sur les grands enjeux sociaux définissent un cadre éthique pour notre société. Il est donc important que l'Église y soit quand c'est possible.

Il y a trois semaines, une nouvelle brochure de 12 pages intitulée «Le mariage, c'est notre affaire!» (Marriage Matters) a été lancée par COLF afin de répondre aux 12 questions les plus fréquemment posées par rapport à la possibilité de redéfinir le mariage en faveur des partenaires de même sexe.

À titre d'exemple, je citerai celles-ci :
—Qu'est-ce que le mariage?
—Quels sont les buts du mariage?
—Si des personnes de même sexe s'aiment, pourquoi ne peuvent-elles pas se
marier?
—En quoi cela pose-t-il problème aux couples traditionnellement mariés que des
partenaires de même sexe puissent se marier?
—Si, de fait, le mariage bénéficie aux enfants, comment peut-on le refuser aux
partenaires de même sexe qui ont déjà des enfants ou qui planifient en avoir?
—Comment l'Église, qui dit aimer et accueillir tout le monde, peut-elle tenir une position qui a été déclarée discriminatoire par les tribunaux?
—Si l'Église peut célébrer le sacrement du mariage selon son enseignement,
pourquoi est-elle si préoccupée par la définition civile du mariage?

Présentée comme un document essentiel pour qui veut se faire une opinion éclairée sur le sujet et une lecture capable d'enrichir les discussions en famille et entre amis, cette brochure suscite un intérêt inattendu dans les paroisses et les diocèses, qui commandent des centaines et des milliers de copies à la fois.

Suite à la publication d'un court article par l'agence de nouvelles Zenit, la nouvelle a fait le tour du monde et la réaction a été instantanée : le télécopieur et le courriel ne dérougissent pas. Des commandes parviennent à COLF des cinq continents. Cela confirme l'intérêt que suscite cette question autour de la planète et démontre clairement que le mariage entre un homme et une femme est une norme universelle reconnue par tous les pays, toutes les cultures et toutes les religions.

Cette brochure sur le mariage est déjà en réimpression. Elle vise, entre autres, à relever les défis que posent à l'Église catholique du Canada les projets gouvernementaux.

D'autres initiatives en faveur de la vie et de la famille

Depuis avril 1997, COLF a produit 11 dépliants sur des thèmes variés, dont beaucoup rejoignent les défis identifiés hier par Mgr O'Brien : l'approche naturelle en régulation des naissances, le don et la transplantation d'organes et de tissus, le cadeau de la vie, le miracle de la naissance de chaque enfant, la prière en famille, la solidarité inter-familiale —surtout avec les foyers à parent unique, un résumé de l'encyclique Evangelium vitae et un autre de l'exhortation apostolique Ecclesia in America.

Chaque printemps, à l'occasion de la Journée internationale de la famille, COLF publie un message sur l'un ou l'autre des aspects de la vie familiale. Il y a eu aussi des messages à l'occasion de l'Année internationale des personnes âgées, de la Journée mondiale de la jeunesse 2002 et du 35e anniversaire de l'encyclique Humanae vitae, ainsi qu'un outil de réflexion éthique qui suggère des ateliers de travail sur l'encyclique Evangelium vitae. Tous ces documents sont disponibles sur le site Internet de COLF (www.colf.cccb.ca).

À ce jour, plus d'un million d'exemplaires ont été distribués à travers les diocèses canadiens et quelques diocèses américains. Nous avons réalisé que le format et le design de ces documents qui s'adressent au grand public ont autant d'importance que leur contenu puisque leur présentation extérieure est ce qui attire d'abord l'attention.

Comme c'est le cas aux États-Unis, une Marche nationale pour la vie a lieu chaque année à Ottawa — bien que beaucoup plus modeste — et COLF en profite pour lancer un autre message à l'intention de la population canadienne. En mai dernier, la réflexion portait sur le seul choix valable face à une nouvelle vie qui s'annonce.

Grâce à son réseau national de répondants diocésains, COLF assure la distribution de documents pertinents sur des questions liées à la vie et à la famille. L'Organisme entretient aussi des liens avec la Catholic Women's League of Canada, les députés d'États des Chevaliers de Colomb, les membres de la Table provinciale de pastorale familiale du Québec, l'Evangelical Fellowship of Canada, l'Association catholique canadienne de la santé et d'autres groupes.

L'envoi de plus en plus fréquent aux membres du Parlement de documents pertinents sur la vie et la famille constitue aussi un moyen d'évangélisation que privilégie COLF.

Depuis le printemps 1999, COLF organise un Séminaire annuel sur la biotechnologie. Son objectif est de favoriser la formation d'un réseau d'éthiciens, de scientifiques, de philosophes, de théologiens, de sociologues et de juristes, et de les réunir autour d'un sujet de l'heure. Leur contribution nous permet de mieux comprendre les implications et les enjeux de ces questions chaudes, de telle sorte que nous arrivons à élaborer des prises de parole percutantes et à contribuer ainsi plus efficacement aux débats publics.

Dès le départ, ces spécialistes ont exprimé beaucoup de craintes et d'espoirs face à l'avenir des avancées scientifiques en biotechnologie. Tous se sont dits convaincus de l'importance d'une action éducative sur ces sujets. Encore une fois, la famille se trouve directement concernée.

Jusqu'ici, les séminaires ont porté sur les thèmes suivants :
—les techniques de reproduction et de génétique
—le projet du génome humain et le statut de l'embryon humain
—le clonage thérapeutique, la recherche sur les cellules souches embryonnaires et le sort des embryons générés en trop lors des traitements d'infertilité.
—les "enfants sur mesure" (designer babies) et le diagnostic préimplantatoire
—la thérapie à partir des cellules souches;
—la brevetabilité des formes de vie supérieures et la xénotransplantation.

Le prochain séminaire aura lieu les 19 et 20 mars 2004 et portera sur les enjeux entourant les décisions relatives à l'hydratation et à l'alimentation artificielles des mourants, et la détermination du moment de la mort. Un débat important à l'heure où les différents palliers de gouvernement au Canada font face au vieillissement de la population et à l'augmentation rapide des coûts liés aux soins de santé. Chez nous comme ailleurs, la question de l'euthanasie refait surface régulièrement dans les médias et préoccupera éventuellement davantage les familles.

La famille : clé de voûte de la nouvelle évangélisation

Trente-neuf ans après la session finale du Concile Vatican II, la famille nous semble donc la clef de voûte de la nouvelle évangélisation qui s'impose dans notre société souvent allergique au discours religieux. C'est dans les familles chrétiennes, en effet, que naîtront les collaboratrices et collaborateurs que cherche le Christ pour leur confier la poursuite de sa mission. C'est dans la famille qu'ils découvriront la vocation personnelle à laquelle les appelle le Seigneur.

Si la famille catholique canadienne devient l'école de prière qu'elle est sensée être, les jeunes y apprendront à fréquenter le Seigneur et à s'ouvrir à ces appels quotidiens. Ils s'initieront à leur rôle propre au sein de l'Église et de la société. Ils découvriront aussi la nécessaire cohérence qui doit mûrir entre leur foi et leur vie de chaque jour.

Vatican II n'affirmait-il pas que le «divorce entre la foi (...) et le comportement quotidien d'un grand nombre est à compter parmi les plus graves erreurs de notre temps»2?

Confrontée à une pénurie croissante de prêtres, l'Église canadienne fait appel à la nécessaire collaboration de nombreux laïques pour assurer des services catéchétiques et pastoraux dans les communautés chrétiennes — un rôle qu'ils ont à jouer même lorsque les effectifs sacerdotaux sont suffisants.

Dans ce contexte, il nous paraît toutefois essentiel de rappeler simultanément aux baptisés — et plus particulièrement aux parents qui sont en train d'élever des enfants — l'appel spécifique des laïques dans la mission ecclésiale.

Les pères conciliaires affirmaient clairement au sujet des laïcs que leur apostolat «dans le milieu social s'efforce de pénétrer d'esprit chrétien la mentalité et les mœurs, les lois et les structures de la communauté où chacun vit. Il est tellement le travail propre et la charge des laïcs que personne ne peut l'assumer comme il faut à leur place. Sur ce terrain, les laïcs peuvent mener l'apostolat du semblable envers le semblable. Là ils complètent le témoignage de la vie par celui de la parole. C'est là qu'ils sont le plus aptes à aider leurs frères, dans leur milieu de travail, de profession, d'étude, d'habitation, de loisir, de collectivité locale.»3

Il va sans dire que si les jeunes baptisés grandissent avec la conscience de leur responsabilité au cœur du monde, ils agiront chacun dans leur domaine d'activité, comme le levain dans la pâte, et nous assisterons à une re-christianisation progressive de la société canadienne —une société qui a soif de sens et d'espérance.

1Jean-Paul II, Exhortation aspotolique «Familiaris consortio», no 14.
2Concile Vatican II, Constitution pastorale «Gaudium et spes», no 43.
3Concile Vatican II,Décret «Apostolicam actuositatem», no 13.