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Dans le mariage, le bien commun l'emporte sur les droits individuels

mardi, 14 décembre 2004

par Mgr Terrence Prendergast, SJ,
Archevêque de Halifax et administrateur apostolique du diocèse de Yarmouth

Il se passe, à l'heure actuelle, au Canada une chose extraordinaire.

En ce moment extrêmement important où certains s'apprêtent à changer radicalement le fondement même de notre société, nous nous laissons paralyser par quatre postulats absolument faux.

Faux postulat no 1 : tout le monde est d'accord avec une redéfinition du mariage — on n'a pas besoin de débat.

Faux postulat no 2 : nous sommes impuissants — on a invoqué la Charte des droits et libertés et la Cour suprême du Canada s'est prononcée.

Faux postulat no 3 : les droits des Églises étant protégés, elles n'ont plus rien à dire.

Faux postulat no 4 : ceux qui s'objectent sont des bigots qui détestent les gais et lesbiennes.

Ces postulats sont faux, mais ils exercent beaucoup d'influence à l'heure actuelle.

À coup d'accusations de « préjugés », on étouffe toute recherche intelligente et toute réflexion approfondie sur l'impact que produirait un tel changement sur la société canadienne.

Il faut pourtant que nous ayons une bonne discussion à ce sujet. Le mariage est la base de la famille et la famille est l'unité fondamentale de notre nation.

En tant qu'union volontaire entre un homme et une femme, le mariage - et l'unité familiale qui naît du mariage - est une institution humaine et sociale indispensable non seulement au Canada, mais dans le monde entier. Elle est beaucoup plus ancienne que notre Constitution ou notre Charte des droits et libertés.

Il nous faut bien comprendre ce que nous faisons lorsque notre Parlement canadien vote sur un projet de loi qui définit le mariage comme une union entre deux adultes.

Il est temps de s'interroger sur la réalité qui se cache derrière les mots « droits à l'égalité » et de se demander ce qu'il advient réellement des droits des gens.

La différence entre l'union d'un homme et d'une femme, et l'union de deux femmes ou de deux hommes, est tellement grande qu'il nous faut en parler ouvertement.

Il existe des lois relatives aux droits humains qui affirment que les hommes et les femmes doivent recevoir un même salaire pour un travail équivalent; qu'un employeur ne peut pas refuser d'embaucher quelqu'un à cause de la couleur de sa peau; que les propriétaires ne peuvent pas exercer de discrimination à l'égard de locataires à cause de leur orientation sexuelle.

Tout en protégeant les droits individuels, ces décisions renforcent la société canadienne. Elles nous encouragent à reconnaître l'humanité de l'autre personne. Mais elles ne faussent pas la réalité.

En ce qui a trait aux unions entre personnes de même sexe, toutefois, l'énoncé mis de l'avant n'est tout simplement pas vrai.

C'est une distorsion de la réalité.

L'union volontaire entre deux personnes de même sexe n'est pas une réalité humaine identique à l'union volontaire d'un homme et d'une femme.

L'union entre personnes de même sexe n'est pas une union physique capable de transmettre la vie humaine et de produire des enfants.

L'union entre personnes de même sexe n'est pas la rencontre de deux natures complémentaires qui se complètent mutuellement.

En mots simples, une union entre personnes de même sexe n'est pas un mariage.

Le mariage est l'alliance pour la vie de deux personnes complémentaires qui se complètent mutuellement au point où l'on affirme, dans le langage conjugal, qu'elles « ne font plus qu'un ».

Le mariage est l'institution sociale prévue pour la conception, l'éducation et la protection des enfants.

Il est vrai que tous les mariages ne sont pas réussis et que toutes les familles ne sont pas heureuses. Ce sont là, aussi, des réalités humaines.

Une union entre personnes de même sexe fournit bien des choses, y compris un partenaire sexuel et une participation aux bénéfices économiques. Toutefois, à cause de sa nature même, cette union ne peut jamais engendrer un enfant, qui est l'expression ultime de l'union physique entre un homme et une femme.

Dans le mariage, l'époux et l'épouse s'engagent dans une relation volontaire pour prendre soin des enfants créés à travers leur amour.

Dans une union entre personnes de même sexe, les enfants peuvent se voir privés de leur simple droit naturel de vivre avec leurs deux parents biologiques dans une même famille.

En voulant assurer des droits égaux à tous les adultes, nous créons deux classes d'enfants : ceux qui peuvent potentiellement vivre avec leurs deux parents au sein d'une même unité familiale, et ceux qui ne le peuvent pas.

Le mariage, tel que nous le connaissons, est une institution sociale qui se préoccupe du bien commun et non des droits individuels.

Par contre, les unions entre personnes de même sexe se préoccupent entièrement des droits et des désirs des individus.

Afin d'exaucer un désir particulier chez certains adultes, le Parlement du Canada prépare un projet de loi qui va remodeler l'unité de base de notre société et ainsi priver totalement certains enfants de leur droit humain fondamental de vivre dans une famille avec leur père et leur mère.

Nous pouvons faire mieux que cela.

Comme Canadiens, nous ne croyons pas que les désirs et les besoins des adultes ont intrinsèquement plus de valeur que les droits des enfants. Nous tenons aux éléments qui contribuent au bien commun de notre société et nous sommes prêts à inscrire nos droits individuels dans l'arène du bien commun.

Il est impossible de réaliser cela en adoptant un projet de loi dans la précipitation et en obligeant nos élus à voter en solidarité avec leur parti.

(Publié dans The Chronicle Herald de Halifax, le 15 décembre 2004)

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