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Euthanasie - un article d'opinion paru dans le journal Le Droit

lundi, 25 septembre 2006

Certains réclament aujourd'hui la légalisation de l'euthanasie et du suicide assisté. Ils soutiennent que nous devrions tous posséder le droit de choisir notre façon de mourir et le moment notre mort. Ils font valoir que la société n'a pas le droit de nous imposer des souffrances supplémentaires en nous forçant à vivre contre notre volonté.

Ce point de vue sert de mantra à la 16e Conférence de la « World Federation of Right to Die Societies » ( Fédération mondiale des sociétés pour le droit de mourir dans la dignité), qui se tient à Toronto du 7 au 10 septembre. Cet événement international vise à promouvoir « un projet social fondé sur le concept de choix individuel ». Comment, en d'autres mots, légaliser le « meurtre par compassion » au nom des droits et libertés individuels.

Le concept de « choix individuel » est fort attrayant dans notre société si férue de liberté. Mais il est trompeur de l'appliquer à la mort assistée. L'euthanasie et le suicide assisté ne sont pas des choix purement personnels ; au contraire, on ne peut les exercer qu'avec l'approbation légale de la société et la participation d'autres citoyens à des actes que beaucoup considèrent éthiquement mauvais. Ce sont donc, au sens le plus pur du terme, des actions sociales.

Aussi faut-il parler de "choix collectif" plutôt que de « choix individuel ». Voulons-nous devenir une société empressée d'aider ses citoyens les plus vulnérables à s'éliminer ? Voulons-nous éventuellement, et par soi-disant compassion, tuer les personnes déprimées, les nouveaux-nés handicapés et les enfants atteints de paralysie cérébrale ? Tous ces malades peuvent désormais être soulagés de leur misère aux Pays-Bas.
Voilà où nous mène logiquement le discours des promoteurs du "droit de mourir". Pour eux, une vie de souffrance ne vaut pas la peine d'être vécue. Et selon eux, la dignité personnelle diminue au fur et à mesure où la maladie et la douleur brisent le corps.

Considérons un peu l'autre côté à la médaille... Se pourrait-il qu'une vie accablée par la souffrance vaille encore le peine d'être vécue ? Et si c'était une invitation à la croissance morale et spirituelle... Se pourrait-il que la dignité humaine persiste malgré la maladie qui mine le corps ? Et si c'était le simple fait d'être humain qui assure notre dignité, et non notre autonomie, notre santé ou notre utilité sociale... Se pourrait-il que les personnes souffrantes nous appellent à la solidarité humaine ? Ce qu'il nous faut donner aux malades, aux mourants et aux personnes handicapées ce n'est pas une mort prématurée, mais plus de soins et plus d'amour. Une compassion véritable.

Nous pouvons donc choisir la voie de la facilité et offrir la mort aux personnes au moment où elles sont le plus vulnérables de leur vie. Ou nous pouvons choisir une voie plus exigeante et plus humaine : quand nos frères et sœurs souffrent de solitude et sont tentés par le désespoir, nous pouvons leur rappeler leur valeur et leur dignité inaliénables. Nous pouvons les rassurer : ils sont toujours importants pour nous et ne représentent pas un poids. Nous pouvons nous retrousser les manches et les accompagner jusqu'au terme naturel de leur pèlerinage terrestre. Ils ont encore tant à nous apprendre.

Face aux pressions d'un lobby favorable à la légalisation de l'euthanasie et du suicide assisté, il nous faut choisir quel genre de pays nous voulons. Si nous croyons vraiment à l'égalité de toutes les Canadiennes et de tous les Canadiens, nous veillerons à assurer leur égale protection en maintenant l'interdiction légale de tuer. Il en va de la confiance fondamentale qu'exige notre vivre ensemble.

Michèle Boulva
Directrice
L'Organisme catholique pour la vie et la famille

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