Retrouvons le sens de l'indignation et d'une réelle compassion

lundi, 25 avril 2011
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Message à l'occasion de la Marche nationale pour la vie
Ottawa le 12 mai 2011

Cette année, le thème de la Marche nationale pour la vie nous place face à face à une réalité scientifique incontournable: « L'avortement tue un être humain. » Comment rester muets ou indifférents?

La science, en effet, a depuis longtemps établi que le développement d'un nouvel être humain vivant commence dès le moment de sa conception, lorsqu'un spermatozoïde féconde un ovule et qu'apparaît aussitôt un nouveau code génétique. Neuf mois plus tard, c'est un bébé humain qui verra le jour. Un être unique et irremplaçable qui, s'il n'était pas humain dès sa conception, ne le deviendrait jamais.

Or, au Canada, des dizaines de milliers de « bébés » sont éliminés par avortement chaque année en toute légalité. Un vide juridique rend en effet possible cette procédure à n'importe quel moment de la grossesse et pour n'importe quelle raison.

Conscience blessée

Au début de mars, un groupe appelé Project for an Ontario Women's Health Evidence-Based Report (POWER) a publié des statistiques extrêmement préoccupantes. En 2007, pour chaque 100 bébés qui ont vu le jour dans cette province, 37 autres ont été avortés. Chez les adolescentes de 15 à 19 ans, 152 enfants à naître ont été avortés pour chaque 100 naissances vivantes. Dans les hôpitaux, 52% des femmes venues subir un avortement, dont une adolescente sur cinq âgée de 15 à 19 ans, en étaient au moins à leur deuxième expérience du genre. Tout cela sans compter les statistiques des cliniques d'avortement, qui réalisent plus de la moitié des avortements en Ontario et n'exigent pas de consentement parental pour avorter une adolescente. Rien ne laisse croire que la situation soit différente dans les autres provinces canadiennes.

On frissonne à l'idée de tant de vies humaines rejetées et détruites dans un pays qui se veut civilisé. À l'idée aussi de la souffrance silencieuse – et interdite – de tant de femmes et mères d'aujourd'hui et de demain. Il faut avoir prêté attention à ces femmes courageuses qui, depuis quelques années, crient leur souffrance post-avortement à la face du monde, pour réaliser l'impact physique (stérilité, cancer du col utérin, fausses couches, grossesse ectopique, cancer du sein, etc.) ou émotionnel dévastateur de l'avortement volontaire sur beaucoup de femmes.

Celles qui souffrent du syndrome post-abortif éprouvent un grave malaise psychique qui révèle, selon le Pape Benoît XVI, « la voix irrépressible de la conscience morale, et la très grave blessure qu'elle subit à chaque fois que l'action humaine trahit la vocation innée de l'être humain au bien »[1]. Cette voix, présente chez tout être humain et non seulement chez les croyants, lui permet de discerner le bien du mal dans les situations concrètes de l'existence. Il s'agit de la voix du Créateur qui parle au cœur en invitant chaque personne à défendre la vie humaine.

Guérison intérieure

En solidarité avec ces femmes qui ont eu recours à l'avortement, et qui souvent sont blessées dans leur âme et en quête de guérison intérieure, il nous revient tous de reprendre les mots du bienheureux Pape Jean-Paul II : « L'Église sait combien de conditionnements ont pu peser sur votre décision, et elle ne doute pas que, dans bien des cas, cette décision a été douloureuse, et même dramatique. Il est probable que la blessure de votre âme n'est pas encore refermée. En réalité, ce qui s'est produit a été et demeure profondément injuste. Mais ne vous laissez pas aller au découragement et ne renoncez pas à l'espérance. Sachez plutôt comprendre ce qui s'est passé et interprétez-le en vérité. Si vous ne l'avez pas encore fait, ouvrez-vous avec humilité et avec confiance au repentir: le Père de toute miséricorde vous attend pour vous offrir son pardon et sa paix dans le sacrement de la réconciliation. C'est à ce même Père et à sa miséricorde qu'avec espérance vous pouvez confier votre enfant. Avec l'aide des conseils et de la présence de personnes amies compétentes, vous pourrez faire partie des défenseurs les plus convaincants du droit de tous à la vie par votre témoignage douloureux. » [2]

Des sondages[3] démontrent heureusement qu'un nombre grandissant de Canadiennes et de Canadiens (entre 60% et 66%) sont, quoi qu'on en pense, favorables à certaines restrictions légales à l'avortement. Avis à nos élus fédéraux !

Heureusement aussi, malgré le contexte culturel canadien qui n'en finit plus d'atténuer la gravité morale de l'avortement et des autres attaques contre la vie humaine, des personnes et des organismes continuent d'offrir un soutien psychologique et spirituel aux mères et aux pères qui sont aux prises avec ce drame moral et existentiel.

L'avortement ne résout rien

En invitant toute la société à rechercher des réponses plus adéquates pour le vrai bien de la femme et surtout pour la défense du droit à la vie de l'enfant conçu, Benoît XVI estime qu' « il faut aux médecins une force spéciale pour continuer à affirmer que l'avortement ne résout rien, mais tue l'enfant, détruit la femme et aveugle la conscience du père de l'enfant, en ruinant, souvent, la vie de la famille »[4].

Face à tant de souffrance et de destruction, un témoignage devrait nous interpeller : celui de Stéphane Hessel, héros de la Résistance française au temps du nazisme. L'homme de 93 ans a publié en octobre dernier un petit pamphlet, intitulé « Indignez-vous », dans lequel il dénonce l'écart grandissant entre très riches et très pauvres, l'état de la planète, la course au « toujours plus », la compétition, la dictature des marchés financiers, etc. Son succès a été instantané et colossal.

Puisse-t-il nous interpeller et nous faire retrouver le sens de l'indignation face au drame de l'avortement qui se joue devant nos yeux, jour après jour, année après année. Indignons-nous d'une indignation qui aboutit à une action concrète en faveur des enfants à naître et de leurs mères, si souvent laissées à elles-mêmes. Et pour commencer, participons ensemble à la Marche nationale pour la vie. Rendez-vous sur la Colline parlementaire, le 12 mai!


 

[1] Benoît XVI, audience de clôture de la XVIIe Assemblée générale de l'Académie pontificale pour la vie, 26 février 2011, in L'Osservatore Romano, 3 mars 2011.
[2] Bienheureux Jean-Paul II, Evangelium Vitae, no. 99.
[3] Sondages Environics, menés pour le compte de LifeCanada, 2002 à 2009
[4] Benoît XVI, idem.